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La conformité faisait partie de votre poste. Cette expérience compte dans la gouvernance de l'intelligence artificielle.
Par F. Jay Hall, Président-directeur général, GRC Careers · 29 octobre 2026 · 6 min de lecture
Reprenez une ancienne fiche de poste et cherchez la formule « veiller au respect de… ». Elle était peut-être reléguée en huitième ligne, dans la partie du travail que personne ne voulait. Si elle y figurait, et si vous l'avez réellement fait, vous avez une expérience que recherchent les employeurs de la gouvernance de l'intelligence artificielle (IA), même si le mot conformité n'est jamais apparu dans votre intitulé de poste.
Beaucoup de professionnels ont conduit des projets liés à la conformité sans en faire leur métier.
Par exemple, une responsable des ressources humaines (RH) s'assurait que les recrutements soient exécutés dans le respect du Code du travail, et en particulier de deux parties : « Principe de non-discrimination » (articles L1132-1 à L1132-4) et « Recrutement » (articles L1221-6 à L1221-9). Le directeur financier d'une association qui a mené une subvention européenne jusqu'au contrôle. La cheffe de projet qui rédigeait les comptes rendus exigés par un financeur. Le responsable d'un établissement de santé qui veillait au secret médical et à la protection des données de santé, le responsable des opérations qui tenait à jour le document unique d'évaluation des risques, le directeur des systèmes d'information (DSI) qui a écrit la politique de sécurité des systèmes d'information, le chef d'établissement qui répondait de la protection des données des élèves. Ils n'ont peut-être jamais parlé de gouvernance, risques et conformité (GRC). Leur expérience compte pourtant.
Pourquoi cette expérience compte aujourd'hui
La gouvernance de l'IA s'inscrit souvent dans des fonctions déjà établies au sein des organisations. Le rapport 2025 de l'International Association of Privacy Professionals (IAPP) sur la profession de la gouvernance de l'IA (en anglais) situe la moitié des professionnels de ce domaine dans des équipes d'éthique, de conformité, de protection des données ou juridiques.
La compétence qui compte n'est pas le texte particulier auquel vous étiez soumis. C'est la méthode. Une personne qui a maintenu une association dans le cadre de sa convention de subvention a pratiqué une discipline dont la gouvernance de l'IA a aussi besoin : lire l'exigence, décider ce qu'elle signifie pour cette organisation, mettre en place un processus, conserver des traces, et en répondre lorsqu'on vous le demande.
Traduire ce que vous avez fait
Le plus difficile, dans cette situation, est de décrire son expérience dans des termes qu'un recruteur en gouvernance de l'IA reconnaît. Quelques exemples de cette traduction :
Si vous avez géré la conformité des recrutements aux RH, vous connaissez les règles de non-discrimination et l'obligation de pouvoir justifier une décision. C'est le cœur de l'évaluation d'un outil d'IA de recrutement, et le règlement européen sur l'IA classe les systèmes d'IA utilisés pour le recrutement parmi les systèmes à haut risque.
Si vous avez suivi la conformité d'une subvention ou d'un marché, vous savez suivre des obligations et produire des preuves pour un contrôleur. Les programmes de gouvernance de l'IA reposent précisément sur ce type de preuves.
Si vous avez traité des données de patients ou d'élèves, vous connaissez les règles du règlement général sur la protection des données (RGPD) sur le traitement des données personnelles et sur les personnes autorisées à y accéder. La plupart des questions de gouvernance de l'IA commencent par les données : ce qui a servi à entraîner le modèle, et ce que deviennent les données qu'on lui confie. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a d'ailleurs publié des fiches pratiques sur l'IA et le RGPD qui sont un bon point d'entrée.
Si vous avez piloté des contrats fournisseurs ou des achats, vous avez pratiqué la vérification préalable des sous-traitants. L'évaluation d'un fournisseur d'IA pose de nouvelles questions (sur quelles données ce modèle a-t-il été entraîné, qui répond de ses erreurs), mais la discipline est la même.
Si vous avez rédigé ou fait appliquer une politique de sécurité informatique, vous savez fixer une règle que les gens suivront et vérifier qu'ils la suivent. Une charte d'usage de l'IA, c'est ce même travail appliqué à un nouveau sujet.
Sur votre CV, mettez le travail en avant plutôt que l'intitulé. « A tenu pendant trois ans une subvention européenne de 4 millions d'euros prête pour le contrôle » en dit davantage à un recruteur qu'un intitulé comme chef de projet. Décrivez chaque responsabilité de conformité par ce que vous avez fait et par ce qu'elle protégeait.
Combler l'écart, honnêtement
Il vous faudra apprendre les référentiels. Le règlement européen sur l'IA classe les systèmes selon leur niveau de risque et impose des obligations aux fournisseurs comme aux déployeurs. La norme ISO/IEC 42001 définit un système de management de l'intelligence artificielle, sur le modèle de l'ISO 27001 pour la sécurité de l'information. Le cadre de gestion des risques de l'IA du National Institute of Standards and Technology (NIST), très utilisé par les entreprises américaines, organise le travail en quatre fonctions (gouverner, cartographier, mesurer, gérer). Nos guides d'étude gratuits (en anglais) reprennent chacun de ces textes à votre rythme : le compagnon de préparation au règlement européen sur l'IA, le compagnon ISO 42001 et le compagnon du cadre de gestion des risques de l'IA du NIST. Pour le texte européen lui-même, lisez notre explication du règlement européen sur l'IA.
Il vous faudra aussi assez de culture technique pour poser les bonnes questions sur la façon dont un modèle a été entraîné et sur la manière dont il se trompe. Vous n'avez pas besoin d'en construire un.
Une certification peut vous aider à apprendre tout cela de manière structurée, et certains employeurs en tiennent compte au moment du tri des candidatures. Si vous choisissez cette voie, notre guide d'étude de la certification Artificial Intelligence Governance Professional (AIGP) et nos questions d'entraînement gratuites sont un bon point de départ, et l'Académie des certifications présente les autres titres que demandent les employeurs (pages en anglais).
L'obligation de maîtrise de l'IA prévue à l'article 4 n'exige pas de certification professionnelle individuelle. Dans ses questions-réponses sur la maîtrise de l'IA, la Commission européenne précise qu'aucun certificat n'est nécessaire ; les organisations peuvent documenter leurs formations en interne. Dans sa version modifiée, applicable depuis le 27 juillet 2026, l'article 4 impose aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA, en tenant compte des connaissances, de l'expérience et de la formation des personnes ainsi que du contexte d'utilisation. Il ne les oblige pas à garantir un niveau spécifique de maîtrise de l'IA pour chaque personne.
Ce que les recruteurs veulent voir, c'est que vous savez faire le travail. Le moyen le plus rapide de le montrer est d'en livrer un morceau : une courte analyse des risques d'un outil d'IA que votre organisation utilise déjà, ou la liste des questions que vous enverriez à un fournisseur avant de l'acheter.
Par où commencer
Si la protection des données fait partie de votre parcours, lisez notre guide Comment débuter une carrière en protection des données. Pour voir ce que demandent les employeurs, parcourez les fiches de poste en gouvernance de l'IA et les offres d'emploi en gouvernance de l'IA à Paris.
Partez de la responsabilité que vous assumiez déjà. Apprenez ce qui change lorsque l'IA entre en jeu, et montrez comment vous vous y prendriez.
Sources
- Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle, article 4 (maîtrise de l'IA) et annexe III point 4 (emploi) : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024R1689
- Article 4 dans sa version modifiée par le règlement (UE) 2026/1744 (version consolidée du 27 juillet 2026), Commission européenne, AI Act Service Desk : https://ai-act-service-desk.ec.europa.eu/fr/ai-act/article-4
- Commission européenne, questions-réponses sur la maîtrise de l'IA (article 4).
- Code du travail, Légifrance : chapitre « Principe de non-discrimination » (articles L1132-1 à L1132-4) et section « Recrutement » (articles L1221-6 à L1221-9) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006189415/
- CNIL, recommandations et fiches pratiques sur l'intelligence artificielle et le RGPD : https://www.cnil.fr/fr/les-fiches-pratiques-ia
- IAPP et Credo AI, AI Governance Profession Report 2025 (en anglais) : https://iapp.org/resources/article/ai-governance-profession-report/
- ISO/IEC 42001:2023, système de management de l'intelligence artificielle.
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